Conférence internationale sur l’usage des nombres comme outil d’émancipation
organisée par I. Bruno, E. Didier, E. Forner, J. F. Mc Gimsey et J. Prévieux.*
Paris – 15 mai 2012
Aujourd’hui, les statistiques ont mauvaise presse. Elles glacent les relations humaines ; elles reposent sur un fichage de la société ; elles nous évaluent sans cesse, nous assignant des objectifs à atteindre en nous engageant dans une course à laquelle nous n’avons pas demandé de participer. Les statistiques sont pensées comme un moyen de contrôle, pire, de domination.
Certains réagissent en les rejetant en bloc. « Non à la quantophrénie ! Non aux chiffres ! Oui aux qualités ! » Mais ce faisant, ils laissent le monopole de cet instrument aux puissants et jettent hélas le bébé avec l’eau du bain. Or il n’y a pas de raison que la quantification se trouve toujours du côté de l’État et de ses institutions. Quantifier, c’est produire du savoir, donc acquérir du pouvoir. Les enjeux politiques attachés aux statistiques nous concernent tous : grands et petits, gouvernants et gouvernés, profanes ou initiés. Aussi constituent-elles des armes précieuses aux mains des militants. Leurs arcanes n’ont rien d’impénétrable : elles peuvent être faciles à faire, et on peut souvent se faire aider par des statisticiens « amis ».
Notre journée Statactivisme s’inscrit dans ce changement de perspective, et montrera qu’on peut se réapproprier les statistiques comme outil de lutte et comme moyen d’émancipation.
Par exemple, en matière d’évaluation, il est parfaitement possible de contourner les règles, d’inventer des astuces, d’habiller les résultats d’une façon qui les présente à notre avantage. Il est aussi possible de militer en masse et publiquement pour s’opposer aux indicateurs globaux qui nous sont imposés et qui nous heurtent. C’est le cas autant pour les objectifs qu’on nous impose au travail, que pour les agrégats comme la richesse nationale ou le chômage. Il est aussi possible d’identifier certaines situations injustes et de les recenser pour montrer leur fréquence dans notre société. Les intellectuels précaires se sont comptés pour défendre leurs droits, d’autres ont estimé le coût de la politique injuste d’expulsion des sans-papiers.
Ces expériences montrent que les statistiques peuvent constituer une ressource de résistance. Elles n’ont pas déserté le territoire des quantités. Œil pour œil, nombre pour nombre ! Statactivisme !
Contre une stratégie des puissants consistant à parcelliser les luttes et les oppositions, nous fédérerons et articulerons différentes perspectives sur l’action. Des chercheurs – statisticiens, économistes, sociologues – apporteront leurs concepts et leur habitude à traiter les séries quantifiées. Des militants apporteront leur sens du rapport de force, de l’intervention et de la négociation. Des artistes, enfin, proposeront leur inventivité formelle, visuelle, et leur sens de la singularité. Nous articulerons séries, forces et singularités.
C’est pourquoi cette journée sera organisée autour de tables rondes qui respecteront le format de chacune des pratiques. Les scientifiques pourront faire une conférence, les militants un meeting, les artistes une exposition ou une performance. Autour de la table, ces formats pourront se croiser, s’articuler, se composer.
Trois tables rondes seront consacrées chacune à un thème qui permettra de présenter un outil statistique. Il s’agira d’une combinaison thème-outil.
- Police et « chanstique » : comment ruser avec la politique du chiffre
Une table ronde consistera à montrer, avec l’exemple de la police, comment il est possible de contourner/détourner les règles de l’évaluation, de renseigner les questionnaires imposés par la hiérarchie de façon à les détourner dans le « bon sens », celui qui convient aux subordonnés – bref, comment les agents de police s’arrangent avec les règles qui président au renseignement des questionnaires. Donc, oui, nous adopterons bien le point de vue des simples gardiens et gradés qui résistent à leur hiérarchie par les chiffres et, ce faisant, à petite échelle et en pratique, remettent en cause la politique de sécurité. - Reconnaissance d’une nouvelle catégorie sociale : les intellectuels précaires
Les dernières transformations du capitalisme ont aussi déstabilisé les anciennes catégories sociales et dans les interstices sont apparues de nouvelles catégories qui deviennent aujourd’hui si visibles qu’il est difficile de ne plus les voir. Les intellectuels précaires, en particulier, revendiquent leur existence en tant que catégorie afin d’obtenir la reconnaissance de leur travail et les moyens de subvenir à leurs besoins. Ces revendications s’appuient, entre autres, sur un dénombrement des cas appartenant à la catégorie. Nous montrerons comment ce recensement peut être réalisé, et quels types de revendication il permet de soutenir. - Nouveaux indicateurs pour décrire et lutter contre les inégalités
Aujourd’hui, la question de savoir qui sont les gagnants et les perdants de la crise, comment ils vivent ou survivent, comment ils accumulent leurs capitaux ou font sans, est devenue cruciale. Nous proposons donc d’aborder les indicateurs de richesse : comment ils mesurent ce phénomène, évaluent son évolution, et comment ils permettent ainsi de décrire les inégalités les plus récentes. Il s’agit d’une part des inégalités à l’intérieur d’un pays. Nous nous intéresserons à la technique apparemment simple du « millile » qui permet d’étudier non pas le un pour cent le plus riche, ce qui ne laisse pas voir de variations importantes depuis les vingt dernières années, mais le un pour mille des plus riches, qui ont accumulé des capitaux en quantité insoupçonnée. D’autre part, les inégalités entre nations sont aussi l’objet de revendications. Le PIB, indicateur de richesse nationale, est ainsi la cible de sérieuses attaques par certains économistes et par la « société civile », l’alliance des deux conduisant à de nouvelles formes de mobilisation et de participation.
* Cette journée bénéficie du soutien financier de l’ANR, projet n° ANR-09-SSOC-054-01


Je serai malheureusement loin de Paris cette semaine-là mais je suis intéressé par le compte-rendu et participerai éventuellement à la préparation.
Bien cordialement
Alain Gély
Excellent projet, félicitations aux organisateurs ! Je réserve immédiatement cette date.
exellente initiative. je réserve aussi cette date.
Je sors d’une journée sur l’Open Data : « accéder aux données, c’est donner aux citoyens la possibilité de coproduire la décision publique ». Pour l’instant, le mouvement touche surtout les données géographiques.
Par ailleurs je prépare une conférence (à Nancy) « La statistique publique, pilier de la démocratie » et si je peux me libérer je viendrai très volontiers me nourrir aux débats de cette journée.
Je suis intéresséar le compte-rendu ou les actes de cette conférence. merci d’avance.
Bonjour,
Excellent sujet, très utile pour le CATRED, je réserve cette date.
Merci aux organisateurs
JC Loos
J’enseigne en tant que MC les statistiques descriptives depuis une vingtaine d’années en premier cycle de Sciences Eco et Aes en insistant beaucoup sur vos thématiques.
Le tout dans l’indifférence (au mieux) et l’ironie (en general) de mes collègues et des étudiants.
Des doctorants passent 4 à 5 ans sur des modèles econométriques en utilisant des donnes numériques dont ils ne connaissent pas la fiabilité et la plausibilité (voire même pour le dire vite… le contenu et la signification!!!).
Je suis adhèrent à Pénombre.
Je prends ma retraite dans 2 mois et ce colloque me fait un énorme plaisir… Comme un beau cadeau pour ma retraite!!!
Continuez!
Bravo.
it’s a very interesting subject. i am doing some related research work as a phd in urban design…
how can i know more? i am not sure i can make to come to paris for the conference. thanks in advance.
Cela semble bien intéressant: je viendrai le 15 mai, seulement l’après-midi, car indisponible le matin. Faut-il s’inscrire?
MS
Bonjour
Jean-Hugues Chauchat s’est inscrit et m’a inscrit avec lui. J’avais cru voir qu’on pouvait s’inscrire pour le déjeuner mais je ne vois plus où. Si c’est encore possible, on s’inscrit donc pour le déjeuner Jean-Hugues Chauchat et moi Annie Morin.
Sinon, on se débrouillera!
Cordialement
A mardi
A Morin
Bonjour,
Nous aimerions nous inscrire pour le déjeuner, ne trouvant pas de formulaires d’inscriptions, nous laissons un commentaire comme les précédents !
Nicolas Trimoulet &
Mathieu Goudot.
Merci beaucoup : )
Si vous souhaitez participer au déjeuner offert, merci de vous inscrire auprès de Elsa Forner : elsa.forner@club-internet.fr
Faut il s’inscrire?